Des camions diesel aux camions électriques : la transition - Partie 1

29.03.2018

 

Les camions électriques de Tesla défient les lois de la physique

Ce n’est pas tous les jours que le responsable de la Division Daimler Trucks décrit le produit d’un concurrent comme « défiant les lois de la physique ». Et pourtant, cette expression n’a rien de surprenant lorsqu’il s’agit d’un produit Tesla. En effet, le tout dernier bouleversement de l’entreprise californienne dans l’industrie automobile se manifeste sous la forme d’un camion électrique, le Tesla Semi, attendu sur le marché dès l’année prochaine et susceptible de parcourir pas moins de 800 km consécutifs à pleine charge.

Les eTrucks devraient être disponibles en deux versions, capables de parcourir respectivement 480 km et 800 km en toute autonomie. Les camions coûteront environ 121 000 € et 145 000 €, selon la taille et l’autonomie de la batterie. De telles capacités de transport à de tels prix pourraient faire trembler les fabricants de camions diesel, puisque des entreprises comme PepsiCo, Sysco, UPS, DHL et Anheuser-Busch ont d’ores et déjà annoncé des réservations combinées d’environ 500 camions, ce qui laisse supposer que d’autres entreprises ont également pu déjà précommander des camions à Tesla en toute discrétion. Le fondateur et PDG de Tesla, Elon Musk, a récemment annoncé qu’il prévoyait de fabriquer pas moins de 100 000 camions par an d’ici 2023. La probabilité de commandes passées à l’abri des regards est donc très élevée.

Si l’on considère qu’environ 75 % du fret européen et 70 % du fret américain sont acheminés par la route et compte tenu du fait que les camions contribuent à environ 25 % des émissions de carbone du transport routier européen, la transition lente, mais progressive, des camions diesel aux camions électriques aura un impact considérable tant sur l’environnement que sur toute l’industrie de la logistique. Dans une première partie, cet article abordera le premier facteur qui déterminera la vitesse à laquelle l’inévitable transition vers les camions électriques s’effectuera. Les autres facteurs que sont le coût, la nécessité juridique et la faisabilité en termes d’infrastructures seront abordées par la suite.

Partie 1 : La rentabilité des eTrucks

Coûts d’un camion électrique : carburant, entretien et batterie

Même lorsqu’il est question de technologies absolument révolutionnaires dans l’industrie, le point de vue de la rentabilité de ces technologies pèse de tout son poids lors des prises de décision. Ainsi, la vitesse à laquelle les entreprises de transport abandonneront les camions diesel au profit de nouveaux transporteurs électriques sera déterminée par la rentabilité de cette transition. La rentabilité est non seulement liée au prix du véhicule, mais elle est également influencée par le prix du carburant dans la région, les frais d’entretien et la distance de livraison (ou la batterie) requise.

Tandis que le Tesla Semi pourrait, à titre d’exemple, coûter seulement entre 16 000 € et 40 000 € de plus qu’un camion diesel de classe 8, le coût total de possession (CTP) dépendra fortement des prix du carburant. Cet exemple s’illustre parfaitement par la comparaison des habitudes d’achat prévisionnelles de l’Union européenne et des États-Unis en matière de camions électriques. Les prix du carburant dans l’Union européenne sont supérieurs à ceux des États-Unis. De ce fait, les économies potentielles suite à l’abandon du diesel et au passage à l’électrique sont sensiblement plus visibles pour les entreprises travaillant en Europe que pour celles travaillant aux États-Unis. Ainsi, l’UE devrait posséder la plus grande part des ventes de camions électriques, estimée à 29 %, d’ici 2030, tandis que celle attendue la même année pour les États-Unis s’élèverait à seulement 15 %.

Néanmoins, les économies de carburant devraient aussi avoir un impact significatif sur l’ensemble des entreprises travaillant aux États-Unis. Tesla estime que l’intégration de 40 tracteurs Teso dans la solide flotte de 750 véhicules d’Anheuser-Busch devrait permettre à l’entreprise d’économiser 6,5 millions d’euros de carburant chaque année.

Les frais d’entretien, qui représentent un marché secondaire de 52,7 milliards d’euros, sont également un facteur non négligeable lorsqu’une transition vers les eTrucks est envisagée. En effet, l’entretien des camions est évalué à environ 16 000 € par camion et par an (la plus grande part du budget étant consacrée au remplacement des pièces). La « diminution du nombre de pièces » et la « simplification des pièces » des eTrucks plaident donc en faveur de la transition.

C’est pourquoi DHL, l’une des plus grandes plateformes logistiques au monde et membre du club de précommandes Tesla Semi, s’attend à économiser « plusieurs dizaines de milliers d’euros par an » grâce à sa nouvelle acquisition. Elle estime pouvoir amortir l’achat des camions électriques en l’espace d’un an et demi grâce aux économies de carburant réalisées et à la diminution des coûts d’entretien. L’argument de la rentabilité penche de plus en plus du côté des eTrucks.

Il est important de souligner que les eTrucks, tout comme les camions classiques, sont disponibles dans toutes les formes et toutes les tailles. Plus important encore, certaines tailles sont beaucoup plus abordables que d’autres. Par exemple, les concurrents potentiels de Tesla, Workhorse basé dans l’Ohio et Thor Trucks basé en Californie travaillent tous deux à l’intégration dans leur gamme de camions électriques de poids légers et moyens, capables de parcourir entre 160 km et 480 km de manière autonome. Ils font appel à des batteries plus petites, et donc moins chères que celles du Tesla Semi ou d’un poids lourd électrique. Ces camions plus petits, également proposés par Tesla, sont les types de camions qu’Anheuser-Buscher prévoit d’utiliser pour la livraison de ses bières sur de courtes distances, des brasseries aux grossistes. Même si la transition vers les eTrucks devrait d’abord se concentrer sur les camions de poids légers et moyens plus abordables, il est important de rappeler, par exemple, que 80 % du fret de l’UE est transporté par poids lourds.

Si l’on considère le carburant, l’entretien et la durée de vie de la batterie, la question de la rentabilité devrait, doucement mais sûrement, faire pencher la balance en faveur des camions électriques… si ce n’est déjà le cas.