Partie 3 : Les camions autonomes sont-ils sans danger ?

06.07.2018

Le 7 mai 2016, la voiture autonome de Tesla a été impliquée dans le premier accident mortel de son histoire. La Tesla Model S en mode autopilote est entrée en collision avec un camion blanc, car ses caméras n’avaient pas réussi à distinguer le poids lourd du ciel clair en arrière-plan. Le chauffeur du camion a été blessé et le conducteur du Model S est décédé.

L’incident a tempéré l’enthousiasme des consommateurs pour la conduite autonome, ces derniers considérant notamment qu’il aurait pu être évité facilement par un conducteur humain. Malgré des millions de kilomètres de test sur route au compteur, les inquiétudes du public se sont renforcées avec l’accident mortel au cours duquel une femme traversant une rue de nuit a été tuée par une voiture autonome de Uber. Le doute subsiste encore quant à la question de savoir si cet accident aurait pu être évité par un conducteur en chair et en os.

Cependant, ces accidents ont révélé un besoin de mieux comprendre les enjeux de sécurité liés aux véhicules sans chauffeur et dans quelle mesure nous pouvons nous y fier.

Les véhicules autonomes : sont-ils sans danger ?

Pour mieux comprendre le niveau de sécurité offert par les véhicules autonomes, il est sans doute bon de se pencher sur l’autre possibilité – celle des véhicules conduits par une personne – pour laquelle nous disposons de très nombreuses informations. Rien qu’aux USA, 4 000 personnes meurent chaque année dans des accidents impliquant des camions imputés à 90 % à une erreur humaine. Le nombre de victimes s’élève à 37 000 lorsque l’on prend en compte les voitures et à 1,3 million de personnes dans le monde entier, soit plus de 3 000 décès par jour impliquant un véhicule.

Dans ce contexte, débattre de la sécurité des véhicules autonomes n’est par conséquent logique qu’en prenant aussi en compte les conséquences de l’abandon d’une telle technologie sur la sécurité routière. Même si les véhicules autonomes ne sont pas parfaits, ils sont dans la plupart des cas moins sujets à des défaillances et donc plus sûrs que les conducteurs humains. Or, si l'on considère que les camions commerciaux devraient être équipés de la technologie de conduite automatique avant les voitures particulières, principalement en raison des économies réalisées par les groupes logistiques et que les camions empruntent principalement de grands axes rectilignes où les piétons n’ont pas accès, nous allons à présent voir en quoi les camions autonomes seraient susceptibles d’améliorer ou non la sécurité routière.

Tandis que le progrès technologique a considérablement amélioré les performances des camions autonomes, les capteurs et les caméras doivent encore être optimisés pour certaines conditions météorologiques et interactions humaines. À titre d’exemple, les caméras peuvent non seulement être éblouies en plein soleil, mais une telle lumière peut également leur rendre difficile la distinction entre des véhicules blancs et le ciel clair ainsi que l’a prouvé en 2016 l’accident mortel impliquant un véhicule Tesla. La neige et le sable perturbent également les capteurs laser tandis que la reconnaissance des expressions faciales des autres usagers de la route ou de leur rôle (celui d’un auto-stoppeur ou celui d’un ouvrier) ainsi que leurs intentions probables qui en découlent reste encore hors de portée des technologies de caméra.

Quoi qu’il en soit, les camions autonomes rendront probablement les routes qu’ils empruntent bien plus sûres pour les autres conducteurs. La conduite en convoi est une des méthodes pour y parvenir. Il s’agit de faire rouler en file indienne plusieurs camions connectés par Wi-Fi, des capteurs GPS et des caméras. La conduite en convoi réduit la prise au vent et permet ainsi de réaliser des économies de carburant, mais son principal avantage pour le public concerne la sécurité routière. Tandis que le camion de tête sera conduit par une personne, les autres poids lourds connectés seront capables de reproduire son freinage, ses accélérations et ses trajectoires, ce qui élimine le temps de réaction faillible d’une personne et ainsi des carambolages sur des axes à grande vitesse très empruntés.

De fait, sa confiance grandissante dans les véhicules commerciaux autonomes a récemment conduit Rio Tinto, une compagnie minière australienne, à annoncer récemment que ses camions hors-route sans chauffeur avaient déplacé un milliard de tonnes de matière sans un seul accident corporel et qu’elle allait faire passer sa flotte de camions autonomes de 80 à 140 unités d’ici fin 2019.Cette réussite a encouragé d’autres industriels à effectuer des investissements similaires à l’instar de la compagnie minière canadienne Suncor qui devrait commencer à utiliser des véhicules sans chauffeur dans ses mines d’ici 2019 afin que « chacun rentre chez soi tous les soirs. »

Le succès des véhicules autonomes peut non seulement être attribué à leur capacité à voir à 360° autour d’eux, mais aussi au simple fait qu’ils ne sont pas sujets à la fatigue, à l’ébriété ou aux distractions comme peuvent l’être les chauffeurs humains. De fait, si les consommateurs ont tendance à exprimer leurs craintes de mettre leur vie entre les mains de robots, ils devraient également considérer les risques de continuer à mettre leur vie entre les mains d’autres personnes. Pour l’industrie du transport routier, les véhicules autonomes ont par conséquent déjà largement prouvé qu’ils étaient plus fiables que les véhicules conduits par des personnes, ce qui convainc les entreprises à investir dans cette technologie.

Les véhicules personnels pourront-ils également séduire les consommateurs ? Peut-être pas si des accidents continuent de se produire. Mais avec l’amélioration de la technologie et de leurs performances, peut-être que, la conduite manuelle, considérée comme un risque inutile, sera finalement interdite au profit d’ordinateurs à la conduite plus prévisible.

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